La suprêmement importante unification kabbalistique du Leshem Yi’houd
בס"ד
La suprêmement importante unification kabbalistique du Leshem Yi’houd
La plupart des siddourim séfarades impriment le célèbre Leshem Yi’houd avant chaque avodah.
L’un des éléments d’élévation liés à l’accomplissement des mitsvot, en particulier la tsédaka, est la pratique de dire « Leshem Yi’houd ». Cette formule, qui signifie « pour le bien de l’unification », est prononcée avant de nombreux rites spirituels afin d’orienter l’énergie et l’intention derrière ces actes.
De nombreux kabbalistes écrivent que le Leshem Yi’houd est une déclaration qui protège l’étude de la Torah, la mitsva, la téfila, et pratiquement tout acte saint, contre le fait que le shefa soit siphonné par la Sitra A’hra à cause de mauvaises pensées et de fautes. C’est aussi une manière de revenir à la conscience (da’at) afin de nous préparer mentalement à accomplir ce que nous souhaitons accomplir.
Dans le livre Nekoudot HaKessef, nous trouvons le mashal (métaphore) de celui qui veut envoyer un magnifique carrosse rempli de cadeaux au roi dans la grande ville. Or, le chemin vers la grande ville, où se trouve le palais, passe par la forêt, et des bandits y sont postés, prêts à dépouiller les voyageurs. Son idée est alors d’écrire en grandes lettres bien visibles « AU ROI » sur le carrosse, afin que les bandits sachent qu’ils ne doivent pas s’en prendre à cette caravane (car ils ne veulent pas d’ennuis avec le roi).
Dans cet article, nous explorerons pourquoi le saint Arizal souligne l’importance de dire « Leshem Yi’houd » et comment cette déclaration se relie au processus spirituel plus large du tikkoun (rectification).
Fondement du Leshem Yi’houd et de sa formule
La raison de réciter « Leshem Yi’houd », selon les principes ésotériques, est expliquée dans Sha’ar Roua’h HaKodech (La Porte de l’inspiration divine). C’est une déclaration selon laquelle ce que nous allons faire a pour but d’unifier le Nom יה avec le Nom וה, ainsi que d’unifier le Saint, béni soit-Il, avec Sa Chékhina. L’intention de cette unification s’enracine dans la structure mystique des quatre lettres du Nom divin (יהוה), où :
Les lettres יה représentent Abba (Père) et Imma (Mère).
Les lettres וה représentent Ze’ir Anpin (le Petit Visage, ou l’aspect masculin de la Providence divine) et Noukvah (l’aspect féminin de la Providence divine).
Il est connu que le but de toute mitsva, prière, bénédiction ou étude de la Torah est de rectifier et d’élever les רפ”ח ניצוצות 288 (étincelles) de Ze’ir Anpin et Noukvah. Ces étincelles s’élèvent vers Israël Saba et TevouNah (Yash’soot), puis de là vers Abba et Imma, et continuent ensuite de manière séquentielle à travers les mondes et les niveaux jusqu’aux dix séfirot d’Adam Kadmon (l’Homme primordial). Cette ascension provoque l’unification suprême des séfirot de Abba et Imma d’Adam Kadmon (représentées par les noms ע״ב de ע״ב et ע״ב de ס״ג), permettant la génération des mo’hin de 10 nouvelles Séfirot de MaH et de 9 nouvelles Séfirot de BaN (qui manquaient, Malkhout de BaN étant déjà présente).
Par ce processus, la conscience divine appelée « mo’hin » (intellect) s’écoule vers le bas selon l’ordre des mondes spirituels. Lorsqu’elle atteint Abba et Imma, ceux-ci s’unissent avec Yash’soot afin de faire descendre une conscience élargie (mo’hin de-gadlout) vers Ze’ir Anpin et Noukvah. Cette expansion permet à Ze’ir Anpin et à Noukvah de s’unir, amenant ainsi l’abondance divine dans tous les mondes de Beriya, Yetsira et Assiya. Ainsi, avant toute mitsva, prière, étude de la Torah, ou action similaire, nous récitons « Leshem Yi’houd » pour déclarer que notre intention ultime est la rectification et l’unification de Ze’ir Anpin et Noukvah par le processus décrit ci-dessus.
Concernant l’affirmation relative au fait de dire « Leshem Yi’houd » (pour le bien de l’unification), et plus précisément la question de savoir s’il est approprié d’exprimer les intentions dans le langage de la prière avant d’accomplir la mitsva, les enseignements du Rashash (Rabbi Shalom Sharabi) indiquent qu’aucune kavanot (intentions) ne doit être exprimée dans le langage de la téfila.
Dans son explication de l’ordre du Leshem Yi’houd, il a arrangé les intentions pour la tsédaka dans le langage de la prière. Cela soulève la question de la possibilité d’une telle chose, étant donné qu’il existe un témoignage de notre maître, le ‘Hida (Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulaï), dans son livre Shu”t Yossef Omets (Siman 44), où il rapporte qu’il a entendu d’un certain sage qu’il ne faut pas dire d’intentions dans le langage de la téfila (prière). Donc, il faut seulement dire le Leshem Yi’houd à voix haute, ainsi que les détails de la mitsva que l’on s’apprête à accomplir, puis viser silencieusement les kavanot qui en découlent.
Comme chacun le sait, telle est la formule du Leshem Yi’houd :
Après avoir récité cela, on doit dire : « …הריני מוכן ומזומן לקיים מצוות עשה של » (Je suis par la présente prêt et préparé à accomplir le commandement positif de…), puis, bien entendu, préciser la mitsva que l’on va accomplir. Je pense que l’on peut dire cette déclaration dans n’importe quelle langue.
Avant d’expliquer cette question et comment le peuple juif doit agir en pratique, nous développerons d’abord légèrement le sujet, avec les racines des sources et leurs raisons, puis nous exposerons la halakha pratique.
Pourquoi ne penser aux kavanot qu’en silence
La racine de la question — à savoir pourquoi il est interdit de dire des intentions dans le langage de la téfila — est rapportée dans les livres saints des Igrot HaRamaz, de Rabbi Moché Zaccoutto (z”l), grand et juste sage de sa génération, qui diffusa la Torah auprès de nombreux élèves en tant que rabbin et enseignant dans la ville de Mantoue, en Italie. Il composa de nombreux ouvrages remarquables dans le domaine de la sagesse de la Torah, et fut l’élève du saint Rabbi Binyamin Halévi z”l, lui-même élève de Rabbi Naftali de Horodenka, z”l (voir d’autres éloges à son sujet dans les livres saints de Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulaï).
Dans ses lettres (Igrot Ramaz), Rabbi Moché Zaccoutto mentionna trois raisons d’interdire de telles pratiques, et les voici :
1. Les intentions (kavanot) doivent être dans la pensée, et non exprimées à voix haute.
2. Les kavanot doivent être formulées au moment de l’accomplissement de la mitsva, et non avant, afin de ne pas éveiller prématurément les lumières supérieures.
3. En disant les intentions à voix haute, on risque de se tromper et de prononcer certains Noms sacrés inclus dans les prières, comme cela est signalé dans le texte.
Les cinq aspects des mitsvot
Le Leshem Yi’houd sert de récitation préparatoire, par laquelle il faut accorder une grande attention à ce que l’on est sur le point de faire.
Toutes les mitsvot ne sont pas accomplies de la même manière, même par une seule et même personne. C’est une pilule amère à avaler, mais approfondissons cela.
Il est clair qu’en plus des pensées, de la parole et des actions requises pour chaque mitsva, il est nécessaire d’accomplir la mitsva avec une grande joie. Il faut la faire leshem shamayim (pour le Ciel), afin d’unir le Saint, béni soit-Il, avec Sa Chékhina, et non dans le but de recevoir une récompense ou « d’obtenir la segoula ».
Le Rashash, dans son siddour imprimé, dans la section du Leshem Yi’houd avant l’accomplissement de toute mitsva (Partie 1, p. 51b), arrangea la loi pratique comme suit : dans chaque mitsva, il doit y avoir cinq niveaux par lesquels les cinq aspects du N”R”N”CHA”Y (les niveaux de l’âme) de cette mitsva spécifique sont éveillés et corrigés. Ils sont suggérés par les quatre lettres du Nom YHVH avec un « vav » à la fin, disposés dans l’ordre du bas vers le haut, et ils sont :
Action de la mitsva : correspond à l’aspect de néfech (le niveau le plus bas de l’âme) – le dernier hé de YHVH.
Parole de la mitsva : correspond à l’aspect de roua’h (le deuxième niveau de l’âme) – le vav de YHVH.
Intention de la mitsva : correspond à l’aspect de nechama (le troisième niveau de l’âme) – le premier hé de YHVH. On doit concentrer son intention dans sa pensée afin d’accomplir la mitsva, et ne pas l’accomplir à la légère (selon Péta’h Eynayim p. 9, et Me’il Eliyahou p. 42b). Cela inclut les intentions pour faire descendre les mo’hin (intellect) pendant l’accomplissement de la mitsva (Toldot Aharon ve-Moché, Siman 33).
Pensée de la mitsva : correspond à l’aspect de ‘Haya (le quatrième niveau de l’âme) – le youd de YHVH. C’est l’accomplissement fait leshem Hachem, et il ne faut pas en détourner l’esprit (Péta’h Eynayim ; Me’il Eliyahou). Je pense que cela correspondrait à l’investissement de l’énergie de la pensée en elle.
Désir du cœur (Re’outa D’liba) dans la mitsva : correspond à l’aspect de ye’hida (le niveau le plus élevé de l’âme) – symbolisé par le « dard » (koutz) du youd de YHVH. C’est accomplir la mitsva avec une joie immense, dans le cœur et dans l’âme.
Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi il est interdit de dire les intentions dans le langage de la prière. Les aspects de ‘Haya et de Nechama de la mitsva s’éveillent par l’intention et la pensée seules. Si l’on prononce les intentions à voix haute, on ne fait descendre que l’aspect de roua’h (le deuxième niveau de l’âme), éveillé par la parole, mais on ne peut pas éveiller les aspects de ‘Haya et de Nechama de la mitsva, qui relèvent de l’esprit.
C’est pourquoi, idéalement, il ne faut pas dire les intentions à voix haute dans le langage de la prière (même si je concède qu’il existe des avis divergents).
Unifications externes et internes de Abba et Imma :
Les expressions « b’d’hilou ou’ri’himou » (avec crainte et amour) et « b’ri’himou ou’d’hilou » (avec amour et crainte) représentent les deux types d’unifications de Abba et Imma :
Unification externe (b’d’hilou ou’ri’himou) : cette unification commence par la crainte (Abba) influençant l’amour (Imma). Elle est associée aux lumières de niveau inférieur (VAK — six séfirot émotionnelles) que les mondes inférieurs peuvent supporter. Cela est représenté par l’entrelacement des Noms Y-H-V-H et Ehyeh, formant YahEheYaHé.
Unification interne (b’ri’himou ou’d’hilou) : cette unification commence par l’amour (Imma) canalisant l’énergie divine vers la crainte (Abba). Elle représente des lumières de niveau supérieur (GAR — trois séfirot intellectuelles) trop intenses pour les mondes inférieurs sans médiation. Cela est représenté par Ehyeh Y-H-V-H, formant EheYaHovYaH.
Ces unifications sont nécessaires pour que les mo’hin de-gadlout (conscience élargie) s’écoulent vers Ze’ir Anpin et Noukvah.
Pourquoi Ze’ir Anpin et Noukvah sont appelés « le Saint, béni soit-Il, et Sa Chékhina »
La signification mystique du fait de désigner Ze’ir Anpin comme Koudsha Bri’h Hou (le Saint, béni soit-Il) et Noukvah comme Chékhina est expliquée en profondeur par Rabbi Yossef ‘Haïm de Bagdad (Rav Pe’alim, Partie 1, Siman 1). Sans pouvoir rapporter tout l’ouvrage ici, en résumé :
La Volonté divine décréta que l’abondance divine devait s’écouler dans les mondes par les séfirot et les partsoufim (configurations/systèmes divins).
L’aspect masculin (Tiféret/Ze’ir Anpin) est appelé Koudsha Bri’h Hou parce qu’il canalise l’énergie divine vers les mondes spirituels.
L’aspect féminin (Malkhout/Noukvah) est appelé Chékhina, car il incarne la Présence résidante de Dieu dans les royaumes inférieurs.
Ce système assure que l’énergie divine et les mo’hin descendent de façon structurée et filtrée afin de ne pas submerger les mondes inférieurs, maintenant ainsi le libre arbitre et même le domaine du mal, tout en fournissant simultanément un lien entre Hachem et la création.
Par l’étude de la Torah, les mitsvot et les prières, le peuple juif élève des étincelles, rendant possible l’unification de Ze’ir Anpin et de Noukvah. Cela contribue au flux de l’énergie divine et à la réparation des mondes spirituels. Inversement, les fautes provoquent une séparation entre eux, empêchant ce flux et affaiblissant la structure divine (comme si l’on « affaiblissait » les royaumes divins eux-mêmes).
Pour un éclairage supplémentaire, voir Sha’ar HaKavanot (Derouch 6 de Kriyat Shema) et les écrits du saint Rabbi Tsadok de Lublin dans Kovetz HaMikhtav, ainsi que Rabbi Mena’hem Mendel de Vitebsk dans Pri Ha’aretz sur Chabbat durant Pessa’h.
Le faire pour le bien de Klal Israël
De même que la déclaration matinale : « Voici, j’accepte sur moi la mitsva d’aimer chaque Juif comme moi-même » (comme l’enseigne l’Arizal) n’est pas une simple formule verbale, mais vise à éveiller la personne à extirper de son cœur toute forme de haine, de ressentiment et de colère envers un quelconque Juif, et à aimer véritablement chaque Juif comme on s’aime soi-même, ainsi que l’exprimèrent nos sages, cela ne peut être atteint que par une foi simple (Emouna). Une personne doit se renforcer pour croire que tout ce qui se produit dans le monde vient entièrement du Créateur béni, et qu’aucun être humain ne peut ni lui faire du bien ni lui faire du mal sans Sa volonté.
C’est le fondement de la foi simple, comme il est formulé dans les principes de foi : « Je crois d’une foi parfaite que le Créateur, béni soit-Il, est le Créateur et le Guide de toutes les créatures, et que Lui seul a fait, fait et fera toutes les actions. » Lorsqu’une personne croit et vit ainsi, elle peut surmonter la haine et la colère envers les autres et aimer chaque Juif comme il convient. Par cela, elle s’inclut dans l’âme collective d’Israël, et ses prières, son étude de la Torah et ses bonnes actions s’élèvent et portent des fruits en haut, apportant une grande satisfaction devant Dieu, sans obstruction ni accusation.
À la lumière de tout ce qui a été mentionné, nous comprendrons pourquoi le Rabbi met l’accent sur le fait de dire « Leshem Yi’houd » spécifiquement avant la mitsva de tsédaka :
D’après ce que nous avons appris jusqu’ici sur la signification de dire « Leshem Yi’houd », qui désigne l’ensemble du processus de tikkoun accompli par une mitsva, une prière ou l’étude de la Torah, nous pouvons comprendre pourquoi l’Arizal et le Rashash insistèrent sur le Leshem Yi’houd : nous réparons collectivement les partsoufim de Ze’ir Anpin et de Noukvah, et pour que cela se produise, nous devons arrêter la séparation dans le monde physique inférieur.
Remarques conclusives
Pour résumer : dans tous les ordres de prières et de Leshem Yi’houd associés à l’accomplissement d’une mitsva ou d’une prière, etc., qu’ils aient été institués par le Rashash ou par d’autres sages, il n’y a pas d’objection à les réciter, tant que l’on ne dit pas et que l’on n’a pas en intention des kavanot qui éveilleraient prématurément la lumière de la mitsva avant son moment.
J’ajouterai que le grand Rabbi ‘Haïm Chmouel Dweik HaKohen institua également tout l’ordre du Matbea Berakha, qui inclut tout le processus ci-dessus que nous avons mentionné, même si une personne ne fait que détourner ses yeux de visions interdites dans la rue.
Cependant, lorsque l’ordre de prière ou de Leshem Yi’houd fait partie de la mitsva elle-même, alors tant que la prière relève de l’enseignement moral et des commandements, on peut la dire à voix haute (comme aimer les autres Juifs). Mais là où la séquence des intentions commence, même si elle est écrite sous forme de prière, il faut ne s’y concentrer que par la pensée et ne pas la dire à voix haute.
Prenons, par exemple, l’ordre de la prière Anenou HaGadol pour la rectification des Chovavim (les six semaines entre les parachiot Chemot et Michpatim, période de Tikkoun HaYessod). La prière commence par la confession, où une personne avoue verbalement ses fautes et manquements et, ce faisant, mentionne et détaille les lieux où elle a endommagé les saints partsoufim dans les mondes supérieurs.
Cependant, après avoir demandé et supplié Hachem de pardonner et promis de ne pas retourner à notre folie, l’ordre se poursuit avec les intentions et les prières visant à unifier les saints partsoufim qui ont été endommagés. À ce stade, on ne doit pas les dire à voix haute sous forme de prière comme auparavant, mais seulement s’y concentrer dans son esprit, comme cela se pratique dans plusieurs yéchivot kabbalistiques. Cela correspond à la raison mentionnée plus haut : les kavanot ne doivent pas être dites à voix haute dans le langage de la prière.
La raison est que l’esprit n’est pas toujours capable de comprendre et de traiter les détails des kavanot avec une clarté et une compréhension totales. C’est pourquoi les grands sages et mekoubalim les arrangèrent dans divers ordres de prières, dans un langage concis et clair, facile à comprendre et agréable à l’oreille.
Quoi qu’il en soit, nous devrions tous nous efforcer de dire l’unification du Leshem Yi’houd avant tout ce que nous faisons, car c’est un moyen puissant d’élever l’acte, et puissions-nous mériter tous ces niveaux merveilleux !





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